Actualités
Accueil » Courses » TROUBLES DIGESTIFS ET COURSE A PIED

TROUBLES DIGESTIFS ET COURSE A PIED

TROUBLES DIGESTIFS ET COURSE A PIED – Dr Claudine MARTINEZ
Les troubles digestifs du sportif sont des événements très fréquemment rencontrés dans les activités d’endurance et engendrent une automédication non négligeable.

Sources :

Troubles gastro-intestinaux et activités sportives Rev Med Suisse 2011;7:1525-1528
Exercice physique et troubles digestifs Auteur : Dr C-Y Guezennec
La Lettre de l’Hépato-gastroentérologue • Vol. XI – n° 5 – septembre-octobre 2008

Selon les auteurs de 30 à 65% des coureurs à pied de longue distance présentent des troubles gastro entérologiques.Des chiffres similaires sont retrouvés sur des triathlètes (Peters et al 1995) et cette pratique sportive a fait l’objet d’une enquête. Ces troubles peuvent être séparés selon leur symptomatologie en troubles du bas appareil digestif à type de diarrhées, de saignement digestifs et en troubles du haut appareil digestif composés de gastralgies (douleurs àl’estomac), reflux gastro oesophagien et nausées. Ces troubles semblent responsables selon Brouns de plus de 50% des causes d’abandon lors des épreuves de longue distance.

La survenue de ces troubles digestifs est un phénomène mal connu et malheureusement relativement fréquent, pouvant même entraver significativement la performance sportive. L’Australien Derek Clayton, vainqueur du marathon de Fukuoka, a sidéré les spectateurs après avoir franchi la ligne d’arrivée lorsqu’on a remarqué que son short était taché d’excréments sanguinolents. Ces affections ont moins été étudiées que les problèmes ostéoarticulaires ou que la physiologie de l’entraînement, et leur pathogénie reste souvent incomprise et mal connu des médecins.

Les mécanismes physiopathologiques sont complexes car intriqués les uns aux autres, faisant intervenir trois principaux  facteurs (ischémique, moteur et mécanique), mais aussi de nombreux paramètres personnels ou environnementaux.

L’ischémie (Arrêt ou insuffisance de la circulation sanguine) est considérée comme le facteur le plus grave. Les cas d’ischémie publiés à ce jour sont cependant peu nombreux et le pronostic est rapidement favorable lorsque celle-ci est prise en charge rapidement. La prévention de ces troubles digestifs doit être personnalisée. Elle repose essentiellement sur un entraînement  adapté à l’effort attendu et des mesures nutritionnelles. Le recours aux médicaments est possible mais se restreint principalement aux pansements digestifs (comme le Smecta) et aux protecteurs gastriques.

I. Mécanismes Physiopathologiques

Facteurs mécaniques

Le fait que les symptômes soient plus importants  dans les activités comme la course à pied et le triathlon supporte l’hypothèse d’une action des chocs répétés sur le tube digestif. Le martellement du sol, lors de la course à pied, transmet des ondes mécaniques aux viscères avec comme conséquence une augmentation de la vitesse du transit intestinal, ce qui peut être à l’origine des urgences fécales. Ce phénomène n’est par contre pas décrit chez les cyclistes.

 

Facteurs circulatoires

L’ischémie mésentérique est un défaut d’apport sanguin au système digestif en raison de la redistribution du flux sanguin vers les muscles lors de l’effort au détriment de la circulation sanguine intestinale. Elle est responsable de diarrhées de nausées et de vomissements.

 

L’ischémie mésentérique est considérée comme  le facteur déterminant de ces manifestations. L’effort physique entraîne un phénomène, plus communément connu sous le nom de “vol vasculaire”. Ainsi, le débit sanguin intestinal peut passer de 25 % du débit cardiaque au repos à 12 % pour un effort léger et à 3 % pour un effort modéré.

L’intensité de l’effort physique joue probablement le rôle le plus important. En effet, tout effort supérieur à 70% de la VO2max réduit le flux sanguin dans le territoire intestinal de l’ordre de 80%. Prise isolément, cette diminution du flux sanguin est généralement bien tolérée puisque l’intestin peut tolérer une réduction de 75% de l’apport sanguin pendant douze heures sans aucun dommage important. Cependant, ce manque d’oxygène dans l’intestin peut être la cause de lésions érosives, puis de saignements.

En cas d’ischémie prolongée, des lésions irréversibles peuvent survenir avec risque de nécrose et d’infarcissement (infarctus mésentérique).

Une étude récente met en relation une pathologie des voies digestives inférieures chez 80% des participants à une épreuve d’endurance qui ont perdu au moins 4% de leur poids corporel en pertes liquidiennes pendant la compétition.

Diminution de la protection de la muqueuse gastrique

On peut noter une diminution de la sécrétion du film mucoprotecteur gastrique et une augmentation de la sécrétion d’acide. Ce phénomène confirme donc la diminution de la protection de la muqueuse gastrique et donc d’une sensibilité accrue aux effets des anti inflammatoires . Ce phénomène serait responsable de saignements digestifs et d’ulcération du tractus digestif sous les effets combinés de l’exercice physique et de la prise d’aspirine ou d’antiinflammatoires , ces accidents sont confirmés par l’étude de cas cliniques d’hémorragie digestives survenues à l’issue d’épreuves de longue distance avec un apport de ces classes de médicaments avant.

DONC IL FAUT EVITER LES ANTIINFLAMMATOIRES .

Les affections du tube digestif inférieur principalement comprennent :

  • les crampes abdominales ;
  • les urgences fécales ;
  • les diarrhées ;
  • l’ischémie du côlon.

La prévalence de ces entités peut atteindre 37 à 70% pendant une course ou dans les suites immédiates d’une compétition. Ces perturbations sont surtout le fait des performances de longues distances comme les marathons, les ultra-marathons ou les triathlons de longue distance.

L’ischémie du côlon est une forme relativement commune. Elle se présente par un phénomène de crampes abdominales et de sang dans les selles. L’ischémie du côlon se résout spontanément dans un délai d’une semaine.

 

 

II. Facteurs favorisant les troubles

Ces facteurs favorisants font intervenir : le niveau d’entraînement, l’intensité de l’exercice, la nutrition et l’hydratation, l’âge et le sexe

.

Les facteurs nutritionnels ont une certaine importance, particulièrement les aliments trop riches en hydrates de carbone. Les boissons sportives par exemple ou les gels avec des concentrations de glucides de plus de 7% (hyperosmolaires) peuvent provoquer une diarrhée et l’urgence fécale par le phénomène du «dumping syndrome».

La caféine est un excitant qui peut aussi agir comme un laxatif, elle devrait être évitée lors d’exercices physiques d’intensité prolongée.

La déshydratation semble aussi un facteur favorisant la survenue de troubles digestifs à l’effort.  Ce phénomène a été quantifié sur des marathoniens. 80% de ceux qui finissent avec une  déshydratation supérieure à 4% présentent une symptomatologie digestive

Le sexe : les femmes présenteraient un terrain plus favorable au développement des troubles digestifs, indépendamment de l’effort fourni .

L’âge : le sujet jeune, de par son inexpérience (capacités surestimées) et un débit mésentérique plus diminué à l’effort que celui du sujet âgé, semble davantage exposé .

Le niveau d’entraînement : Les sujets peu entraînés présentent plus de troubles digestifs à l’effort.  L’entraînement physique  aérobie augmente l’activité vagale et diminue l’activité sympathique dès la première semaine, ce phénomène atteignant son maximum en trois semaines. Sur le plan circulatoire, les effets bénéfiques sont connus et devraient permettre de retarder la survenue de symptômes digestifs. Cependant, le dépassement des limites explique la possibilité de rencontrer ces troubles chez les professionnels.

D’autres facteurs vont influencer l’augmentation de ces symptômes : l’existence d’une prise médicamenteuse associée  gastrotoxique (aspirine, anti-infammatoire), le lieu de la compétition (l’altitude jouant un rôle  néfaste au-delà de 1 000 mètres (par raréfaction de l’oxygène), de même qu’un climat chaud et que l’intensité de l’effort , la survenue d’une hypoglycémie, d’une hyperthermie ou d’une déshydratation .

Le stress : survenant généralement immédiatement  avant la compétition. Depuis longtemps on sait que le stress influence la physiopathologie du tube digestif. Sullivan et al ont constaté que plus de la moitié des athlètes qui se plaignent de troubles digestifs à l’effort, souffrent de la même symptomatologie lorsqu’ils sont soumis à un stress purement psychologique.

Ceci souligne probablement qu’il existe un trait de personnalité qui rendrait certains individus plus sensibles à l’ensemble des contraintes physiologiques ou psychologiques agissant sur le tube digestif.

 

La prévention enfin……

  • Suivre un régime sans résidu et éviter les fibres (fruits et légumes) lors des 3 derniers jours avant une compétition.
  • Suivre un régime sans résidu et éviter les fibres (fruits, légumes) et les aliments difficiles (lipides, protides…) à digérer juste avant une séance sportive ou une compétition sportive.
  • Le dernier repas avant un effort intense doit être principalement composé de glucides faciles à digérer. Ne plus absorber de sucre dans les 2h qui précéde le départ (risque d’hypoglycémie réactionnelle).
  • Respecter un intervalle de 3 heures entre le dernier repas et un effort sportif.
  • Boire abondamment et surtout des boissons pour le sport dont la teneur en glucides optimisera le fonctionnement intestinal. Si les hydrates de carbone doivent assurer l’essentiel du potentiel énergétique, il faudra s’efforcer de ne pas en abuser et d’éviter les erreurs nutritionnelles telles que la consommation de solutions hypertoniques. L’idéal serait d’absorber un volume important (400 ml) avant l’épreuve, puis d’assurer une vidange régulière en absorbant de petites quantités (100 ml toutes les 20 minutes) d’eau dont la température serait comprise entre 11 et 15 °C, avec des sels minéraux et des calories glucidiques, la concentration en hydrates de carbone ne devant pas excéder 10 %. Si le sodium permet d’assurer l’équilibre hydroélectrolytique plasmatique et de préserver la fonction rénale, l’apport d’hydrates de carbone – lorsqu’une hydratation importante est nécessaire – améliorerait l’absorption intestinale des solutions ingérées.
  • Varier l’alimentation pendant l’effort
  • Éviter les boissons trop concentrées en glucides (soda).
  • Éviter l’abus de caféine.
  • Éviter les anti-inflammatoires.
  • S’entrainer régulièrement afin d’habituer son organisme à l’effort et en profiter pour apprendre à boire lors d’un effort. Apprendre à « connaître son corps «  et être à l’écoute.
  • Se méfier des atmosphères trop chaudes.

 

Le retour au sport après une atteint digestive  lors d’une compétition, peut se faire dès la résolution des symptômes. Il s’agira de reprendre une activité d’endurance à faible intensité dans un premier temps en fonction du feeling. Pour le retour à la compétition, une stratégie de prévention devrait être élaborée sur le plan diététique et réhydratation en cours d’épreuve. De même, une bonne acclimatation à la chaleur devra être entreprise.

 

Lisez aussi ça !

Dernier entrainement pour les coureurs Hors Stade du RAC!

Encore une année sportive qui s’achève au RAC de St-Estève, dernier entraînement à Sainte Marie ...

Un commentaire

  1. Bonjour,

    Merci pour cet excellent article!

    Je viens de découvrir un livre qui aborde dans un chapitre spécifique les effets de l’activité physique intense sur le tube digestif du sportif. L’auteur que j’ai eu en cours (STAPS) propose des solutions nutritionnelles très intéressantes, en proposant en première approche de corriger l’alimentation des sportifs. Il conseille également l’utilisation de certains compléments alimentaires en insistant sur son indépendance vis-à-vis du lobbying industriel. J’approuve totalement cet démarche et refuse d’avaler des pilules sans réfléchir…

    Le livre s’intitule: micronutrition et nutrithérapie du sportif: optimisation des performances de jérôme MANETTA (sparte éditions).

    Bonne continuation à tous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.